au Café Citoyen à Lille
En voilà une bonne nouvelle : VEGnord reprend enfin, après deux années d’absence, ses débats-conférences sur l’exploitation animale. Ce jour, nous avons invité l’association Fourrure Torture à présenter son combat et à faire un rapide tour d’horizon de l’état de l’industrie de la fourrure en France et dans le monde, pour remettre les horloges à l’heure quant à ce fameux « grand retour de la fourrure » dont se gargarisent à grandes gorges les enseignes de luxe.
Nous étions une petite vingtaine ce jeudi au café citoyen à écouter Olivier Rafin, président fondateur de Fourrure Torture. Grâce à quelques campagnes ciblées, cette association a déjà permis que plusieurs magasins renonce enfin à la fourrure. La Redoute, Camaïeu ou Promod, en sont les meilleurs exemples. Et l’on sait que le Nord de la France possède une situation clé, car une grande partie des distributeurs de prêt-à-porter sont installés dans les environs.
Olivier Rafin dénonce directement le mythe savamment colporté par les fourreurs de leur grand retour, nous faisant remarquer qu’immanquablement les chiffres communiqués sont toujours anciens et ne reflètent pas le fort déclin pécuniaire des dernières années.
Il dresse ensuite un état des lieux de cette industrie qui se cache. En France il y aurait une vingtaine d’exploitations, mais aucune n’a pignon sur rue, on ne trouvera jamais leurs coordonnées dans les pages jaunes, ils n’y ont aucun intérêt, et c’est donc dans un flou totalement hermétique que cette poignée d’éleveurs (car oui, derrière ce sont des éleveurs qui se procurent ainsi un supplément financier non négligeable à l’élevage d’animaux pour la viande) enferment dans des conditions déplorables toutes sortes d’animaux à fourrure. Le vison est toujours très représenté avec 150,000 animaux tués chaque année. Mais, et c’est la grande nouveauté de ces dernières années, c’est la peau de lapin qui est la plus vendue par ces exploitations. On prend subitement conscience que le monde de la fourrure n’est plus l’apanage de quelques rentiers et autres millionnaires, quand on apprend qu’une peau de lapin coûte 15 cents, le calcul est vite fait : les fourreurs se sont grandement diversifiés et la majorité de leur chiffre d’affaire se fait sur les accessoires, comme les cols en fourrure ou les jouets pour animaux. De plus, profitant d’un manque aberrant de contrôle sérieux, il n’est pas rare qu’une étiquette indiquant de la fourrure synthétique se révèle erronée. La faute au faible coût que l’on donne à l’existence de ces millions de lapins tués aussi bien pour leur chair que pour leur pelage.
Mais l’industrie de la fourrure n’est pas en reste pour légitimer son activité ignoble. Comme les chasseurs, elle aime à mettre en avant des arguments écologiques, tout aussi idiots qu’hypocrites. Grâce à eux, certaines espèces n’ont pas disparu. Et puis, il y a des réglementations, garantes du bien être et du bon traitement des animaux.
Oh mais oui, parlons-en ! Il n’est pas besoin de chercher bien loin pour trouver des images et se rendre compte du bonheur débordant dans lequel vivent ces animaux d’élevage. D’ailleurs Olivier Rafin diffuse un rapide documentaire sur les élevages de renards en Finlande, principal producteur mondial et digne représentant de la filière. Comme dans toutes les images issues de ces vastes domaines où le silence est roi, on découvre une situation des plus préoccupantes.
Des animaux malades, des blessures ouvertes, des individus qui tournent et retournent sans cesse dans leur cage, des déformations, des animaux morts en train de pourrir à côté de leurs pauvres congénères qui n’ont pas cette chance.
Pourtant le bon sens nous le dit avec évidence : comment un animal, un être sensible comme nous, pourrait grandir et se développer dans de bonnes conditions, quand de la naissance à la mort, un an plus tard grand maximum, il n’a connu pour seul habitat les barreaux d’une cage, et pour seul horizon des milliers d’autres boites à torture, identiques, entourés des cris de souffrance et d’agonie de ses semblables, risquant à tout instant de prendre un mauvais coup par ces humains qui les aiment tant ou la morsure d’un autre animal rendu fou par la promiscuité ? Comment peut-on accepter de réduire à ce point la dignité d’un être sensible ?
Mais cela importe bien peu aux magnats de la fourrure, car c’est après la première mue, au terme d’une existence toute entière marquée par la terreur, que ces animaux sont abattus. Les techniques varient, l’électrification anale semble la plus courante, hormis chez les lapins qui eux suivent la filière classique de l’élevage intensif et terminent leur vie dans un abattoir. Pourquoi les abattre après la première mue, la raison est bien simple : la fourrure de ces animaux blessés, malades, retrouvent tout leur lustre. Triste cynisme de la nature qui arrange bien les affaires des éleveurs.
On comprend très vite, au fil des propos du représentant de Fourrure Torture que le terme d’industrie n’est absolument pas galvaudé. Tout y est pensé pour augmenter la production, réduire les coûts et le prix de revient. Sans jamais prendre en compte les besoins, mêmes minimes des animaux exploités jusqu’à plus soif. L’exemple le plus criant, on le retrouve chez le vison, cet animal qui a tant besoin d’un point d’eau est quasiment privé durant toute sa misérable vie d’eau.
Niveau écologie, tout autant que pour l’industrie du cuir d’ailleurs, on sait que les produits utilisés pour le tannage sont extrêmement polluants et sont rejetés dans les eaux. Mais qu’importe ! Cela ne se passe pas chez nous. Ces ateliers sont délocalisés depuis longtemps dans les pays où la main d’oeuvre est moins regardante et, o surprise !, moins riche.
Maintenant, soyez vigilants, refusez d’acheter les produits issus de ce commerce criminel à tout point de vue. Faites le savoir autour de vous. Mais surtout, faites pression auprès des magasins qui n’ont pas encore pris conscience de tout cela.
VEGnord renouvelle ses chaleureux remerciements à l’association Fourrure Torture, et particulièrement à Olivier Rafin pour la richesse et le détail de son argumentaire, et bien sûr pour avoir accepté de se déplacer jusqu’à chez nous.
Les illustrations de Sakoch
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