Samedi 5 juin, journée contre le spécisme. Dix militants du Nord de la France se réunissent sur le pavé de la Place du Théâtre à Lille. Certains sont venus de l’Aisne pour nous rejoindre. Tous motivés par le même désir de dénoncer les conditions inacceptables dans lesquelles on traite les animaux autres que les humains dans notre société.
Pour ce faire, une mise en scène a été choisie pour sa simplicité et son efficacité. Les membres des associations VEGnord et DDA (Droits Des Animaux) ont repris à leur compte l’image traditionnelle des trois singes de la sagesse, s’inspirant librement du happening final de la dernière Veggie Pride.
Trois militants s’installent au centre de la place, l’un se bouche les oreilles, le second se cache les yeux, le dernier place ses mains en bâillon devant sa bouche. Deux autres se postent derrière eux et déroulent une large pancarte où l’on aperçoit un veau agonisant surmonté des mots « Viande = Meurtre ». Deux autres tiennent des affiches où sont indiquées simplement les multiples formes d’exploitation des animaux. Les trois autres vont au devant des passants, distribuant le tract rédigé pour l’occasion et expliquant le sens de notre action visuelle. Et n’oublions pas le principal héros de cette journée : Patrick le chien, une peluche de taille réelle qui fait parfaitement illusion, étendu devant la triade des singes, d’autant plus qu’il est recouvert de faux sang.
Pour l’occasion, ces trois singes représentent trois limites que l’homme s’impose bien trop souvent et dont les principales victimes sont comme toujours les autres animaux avec lesquels il partage la planète et la sensibilité.
Je ne veux pas voir ce qui se passe autour de moi, Je refuse d’écouter la souffrance qui m’environne, Je m’interdis d’exprimer ce cri enfoui au plus profond de moi et qui refuse cette injustice.
Comme lors de chacune de nos actions visuelles, la presse a été contactée, malheureusement suite à une coïncidence de calendrier, la journée contre le spécisme tombe le même jour que la Gay Pride à Lille. Nous avons connu le même problème l’année dernière lors de notre opération barquette, pourtant les journalistes s’étaient déplacés, cette année non.
En tous cas, nous ne laissons pas de marbre les passants qui traversent la place. Nombreux sont ceux qui sont interpelés au premier regard par le cadavre ensanglanté du chien, autant les enfants que les adultes. A toutes ces personnes qui s’arrêtent ainsi qu’à ceux qui continuent leur chemin, nous leur glissons un tract dans la main. Nous tentons, quand il est possible, d’engager la conversation avec eux, pour les aider à faire le lien entre le sentiment outré qu’ils ont ressenti à la vue de cet animal en peluche et le carnage en masse d’animaux qui se continue chaque jour pour le plaisir du palais, pour le sport ou encore pour avoir un joli teint.
Personne n’est véritablement venu nous féliciter pour notre action, mais il faut bien comprendre que ce genre de manifestation visuelle si elle n’est pas violente n’en est pas moins choquante, et nous l’espérons perturbante. Suffisamment perturbante peut-être pour faire chanceler quelques-unes des barrières psychologiques installées tout au long de leur vie par une culture et des traditions fondées profondément sur l’exploitation de l’autre. Il est à remarquer qu’une grande partie des personnes à qui a été distribué notre tract se sont arrêtés quelques minutes, le temps de le lire. Peut-être une graine déposée dans leur coeur qui les aidera dans quelques années à comprendre l’incohérence qu’il y a à se révolter de la mort de l’un tout en fermant les yeux sur les souffrances de l’autre.
Ces personnes ont vu, mais ont-elles seulement ouvert les yeux ? Ont-elles écouté leur propre cri d’injustice exprimé au contact de ces milliards de vies ôtées sans aucune légitimité ? Sont-ils mûrs maintenant, ou le seront-ils plus tard, pour exprimer à leur entourage l’effroi que leur cause cette terrible folie dans laquelle les hommes ne cessent de s’enfoncer ? Car oui, quand on sait, quand on a compris, pourquoi se taire puisque les autres, eux, ne savent pas ?